Festival « Visa pour l’image » (2) : entre photo « boum-boum » et art ?

Le 16/09/2026

Derrière cette approche provocatrice il y a une vraie question qui nourrit des tensions internes chez les photographes eux-mêmes, dans l’histoire de la photographie et bien sûr chez les spectateurs, critiques, universitaires qui organisent la réception des photographies.

Jean-François Leroy rappelle dans « Le devoir de regarder » le dédain d’une universitaire face au travail d’un photographe de terrain. « Est-ce que c’est un grand photographe ? » Et plus loin, il cite les propos d’une conseillère aux arts plastiques du ministère de la culture :  » Visa pour l’image c’est du « boum-boum » quand même ! » Pour répondre in fine que :

« les photographies du réel cessent d’être un document jetable pour devenir une oeuvre quand on les expose, on les commente, quand on les transmet ».

Deux expositions posent implicitement la question cette année : l’hommage à Raymond Depardon à la chapelle Saint-Dominique et « L’odeur de l’Inde » de Paolo Roversi à l’hôtel Pams.

Raymond Depardon…

Pour le premier cité, le cartel de présentation précise qu’il cherche la bonne distance entre expression des faits et volonté de construire une image durable et non « jetable », entre travail de reporter et « auteur ».

Comme photographe, je me situe plutôt dans la catégorie des raconteurs d’histoires, je suis dans le récit. Je n’appartiens pas à l’école de l’« instant décisif ». […] Quand nous étions à Gamma, nous étions plus sensibles aux travaux de Don McCullin qu’on voyait dans les suppléments du Sunday Times qu’à ceux des fondateurs de Magnum, qui étaient un peu abstraits pour nous.

Raymond Depardon

Disant cela Depardon se situe plutôt comme un raconteur d’histoire qui privilégie la série à la « photo définitive » dans l’esprit de l’agence Magnum. Pourtant, beaucoup de ses photographies de photojournalisme sont devenues iconiques et semblent aujourd’hui tout aussi définitives. Raymond Depardon explique lui-même comment l’instant rencontre l’intemporel, le contingent rencontre l’universel.

« Une photo iconique, c’est une photo qui a une harmonie…Il faut avoir un peu d’iconographie classique des grandes photos et de ses pairs, Cartier Bresson, Walter Evans…Mais il faut aussi que la photo parle… »

…et Paolo Roversi

Paolo Roversi est célèbre pour ses photographies de mode et ses portraits, beaucoup plus que par son travail de photojournalisme. Son exposition « l’odeur de l’Inde » rend compte d’un voyage » aussi introspectif que spatial dans une Inde onirique suspendue entre réel et illusion. Pour le visiteur de « Visa pour l’image », ce qui surprend immédiatement c’est le flou des photographies, leur lumière vibrante et leurs couleurs passées, bien éloignés du style assertif des autres expositions. On accède ainsi à un au-delà synesthésique des images. On entre dans une réalité complexe ou la pauvreté, le quotidien parfois trivial côtoient le mysticisme. Comme chez Depardon mais par des procédés très différents, les images sont iconiques et intemporelles parce qu’elles rencontrent d’autres images de l’histoire des arts visuels. On comprend aussi qu’il y a de multiples voies dans le photojournalisme qui l’éloignent définitivement de l’idée qu’il pourrait n’être qu’un sous-genre.

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